Magufuli pleuré au Congo comme en Tanzanie

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La mort est un phénomène social dont les conséquences sont toujours sombres à la fois pour les délaissés que pour ses auteurs. Elle est en effet le bruit du silence qui caractérise les corps sans vie. L’obésité est alors ce virus qui a décimé les sens des congolais pour qui ces pleurs sont adressés par atténuation.

Pleurer MAGUFULI au Congo de Mzee Laurent DESIRÉ KABILA et de Emery PATRICE LUMUMBA désigne autre chose que les pleurs des Tanzaniens au sujet de cette mort.

Ces pleurs des Tanzaniens sont l’expression d’une souffrance possible, de l’existence séparée; séparée d’un être si cher, admiré et longtemps attendu, parti inopinément et dont l’expérience et les souvenirs sont désormais inaccessibles et douloureux. Ces pleurs sont les dits de la difficulté d’accéder à l’esprit d’un Homme dont le parcours et la vie faisaient bon train, et, en même temps, la dureté de s’en rendre compte définitivement.

Un Président étranger pleuré au Congo, c’est un président congolais absent dans son pays, présent à l’étranger.

Un Président Tanzanien pleuré au Congo, c’est un président congolais dont les actions en faveur du peuple sont de la langue;

Un Président Tanzanien pleuré au Congo, c’est un Président congolais dont les promesses sont d’une succulence que rien n’est fait en compte;

Un MAGUFULI pleuré au congo, c’est un Chef d’État Congolais récusé par son peuple devant la misère ; l’insécurité, la guerre, le chômage, les violences, la corruption, le détournement au sommet de l’État étant des conditions de survie politique;

Un Unificateur mort en Tanzanie, c’est un président congolais qui divise, qui disperse, qui désunit pour mieux régner.

C’est pourquoi, ce pays n’avance pas, c’est pourquoi ce peuple pleure un autre Dirigeant qui s’en va en Gloire. Ce peuple pleure ce Président, pas parce qu’il a construit le Congo, mais parce qu’il a construit la Tanzanie avec une enveloppe inférieure à celle des congolais invertébrés.

Les congolais pleurent MAGUFULI parce que leur pays est maudit, pourtant tout y est. Maudit par qui ou par quoi?

La malédiction, c’est cette inaction des dirigeants au sommet des institutions. La malédiction, c’est cette privation de parole aux citoyens. La malédiction, c’est le délaissement des institutions scolaires et sanitaires. La malédiction, c’est la déconsidération des armées. La malédiction, c’est des routes et des ruelles afréquentées et non rouvertes. La malédiction, c’est toute la crème intellectuelle délaissée et considérée comme la sixième roue d’une jeep. La malédiction, c’est surtout les membres de l’appareil politique inactifs, alors que c’est à eux que reviennent toutes les tâches cardinales du pays.

Sans eux, pas de vie de ce pays, pas de paix à l’Est, pas d’infrastructures, pas de développement. Pourtant avec eux, rien n’est fait. Ils sont là mais pas ici, ces Hommes d’État qui promettent et qui réalisent.

Ils sont là ces Hommes d’État qui consacrent leur mandat à la gouvernance de proximité;

Ils sont là ceux qui comprennent que diriger c’est veiller; Ils sont là ceux qui comprennent qu’être Président c’est faire la sentinelle; Ils sont loin ceux qui accèdent démocratiquement au pouvoir et organisent les élections pour leur propre succession.

Dans ces pays, les Présidents sortant et entrant parlent le même langage;
Dans ces pays, les ex-Présidents sont des patrimoines nationaux, des livres à consulter et des Bibles à lire pour la conduite nationale;

Dans ces pays, les partis politiques répondent aux aspirations du peuple et non aux seuls désirs de leurs animateurs;
Dans ces pays, la politique ne s’organise pas autour des individus mais autour des visions;
Dans ces pays, les discours des Présidents ne s’articulent pas autour des promesses fallacieuses, ils présentent les bilans des actions entreprises et leurs impacts sur la vie nationale.

C’est pourquoi, au Congo-Kinshasa, la mort d’un Président Tanzanien peut hypnotiser toutes les langues et mobiliser tout le peuple sans moindre appel.

Ceux qui meurent pour la cause de leurs pays vivent à jamais dans les coeurs de leurs peuples. Ils sont vénérés et couverts d’une splendeur qui les illumine pour toujours. Même quand ils meurent, ils vivent. Ceux qui marchent et vivent du sang de leur propre peuple meurent éxilés dans leur propre pays. Même en vivant, ils sont des zombies.

Inspiré de  » Les pleurs du Saint Siège » de Laurent Musabimana.

Daniel MPEZAMIHIGO.

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