RDC : Dorcas, 19 ans et vendeuse d’ignames, nourrit et éduque sa famille

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En RDC, comme ailleurs en Afrique, les ruelles sont l’endroit idéal pour marchander et ainsi subvenir aux besoins des personnes impliquées dans le commerce informel. Les marchés sont surchargés et parfois les frais d’adhésion et les taxes à payer sont exorbitants. Ce sont souvent les jeunes filles qui sont les principales actrices de la vente de marchandises. Nous avons rencontré Dorcas, qui nous a raconté son travail quotidien de vendeuse ambulante.

Par David Kasi

Âgée de 19 ans, à la peau foncée et encore élève , Dorcas vend des ignames depuis 7 ans. C’est le seul commerce qui lui permet de subvenir aux besoins des différents membres de sa famille. Avec une grande assiette sur la tête, remplie d’ignames fraîches et attrayantes, Dorcas traverse plusieurs ruelles de la ville de Goma pour épuiser son commerce et rentrer chez elle, à plus de 3 kilomètres du centre ville de Goma. « Je n’aurai pas assez de temps pour vous parler », nous prévient-elle avant de l’approcher.

Âgée de 19 ans, à la peau foncée et encore étudiante, Dorcas vend des ignames depuis 7 ans. ©️ Davius Faranga


Nous rencontrons Dorcas au crépuscule de la journée, peut-être un jour perdu car les marchandises sur sa tête sont paraissent intactes. Sur le chemin du retour, à l’orée d’un marché animé de la commune de Goma, Dorcas s’arrête et les clients se pressent dans son assiette. Finalement, elle parvient à se détacher de quelques ignames qui débordaient de son assiette.

Souriante et généreuse, Dorcas m’accorde son temps sans hésiter et décide de me raconter rapidement son quotidien.  » Cela fait sept ans que je vends des ignames. Mes parents avaient perdu leur emploi et ont décidé que je devais me lancer dans cette activité pour aider la famille à faire face à certains besoins », nous dit-elle facilement.

Au cours des deux dernières décennies, la RDC a connu une période d’instabilité politique et de guerres qui ont plongé la population dans une extrême pauvreté. « Ce n’est pas facile, mais avec l’expérience que j’ai, j’arrive à m’en sortir », soupire Dorcas.

Dorcas est obligée de se rendre à Minova tous les trois jours pour s’approvisionner. Minova est une ville située à 50 km au sud-est de la ville de Goma. Située dans une zone montagneuse et sur les rives du lac Kivu, Minova fait partie des zones rurales qui approvisionnent la ville touristique en nourriture.  » J’achète 4 paniers en gros entre 30 000 FC (15 dollars) et 45 000 FC (20,5 dollars) pour venir les vendre au détail. Je vends un morceau d’igname entre 500 FC (0,25 $) et 3 000 FC (1,5 $) « , explique Dorcas.

Dorcas sert des morceaux d’igname à des clients dans une rue de la ville de Goma. ©️ Davius Faranga

Ce commerce permet à Dorcas de s’occuper de la propreté et de l’éducation de ses petites sœurs, d’aider ses parents pour les besoins primaires de la famille et d’économiser de l’argent pour les improbables dépenses futures.

Le plus grand obstacle pour Dorcas est de combiner son activité de survie avec sa scolarité. Mais elle s’en sort déjà bien et a choisi la voie de la négociation pour surmonter ce dilemme. « C’est la partie la plus difficile. J’ai parlé à mes enseignants des problèmes que je traverse et, en tant qu’humains, ils m’ont compris et me permettent parfois d’être en retard en classe. »

En RDC, le rôle des femmes dans le secteur informel est plus visible en milieu urbain, où de nombreuses femmes et jeunes filles achètent des produits agricoles, notamment au port maritime de la ville, si elles n’ont pas de contacts dans les villages, et à une époque où il est difficile de se rendre au Rwanda voisin, Covid 19 oblige. Au retour, elles vont souvent à pied, car elles n’ont pas assez d’argent pour payer le transport. Après avoir acheté les produits et surmonté les tracasseries policières qui sont presque toujours présentes, elles doivent les transporter dans une charrette ou un « Shikudu », un scooter de fabrication locale, jusqu’à leur maison ou au marché où elles exposeront leurs produits.

Comme Dorcas, des milliers de femmes et de filles congolaises dépendent d’une manière ou d’une autre du commerce quotidien ou du commerce de rue. Selon le rapport de la Banque mondiale de février 2018, la RDC a l’un des taux de travail informel les plus élevés au monde, avec environ 80 % des travailleurs urbains engagés dans l’économie informelle.

Comme Dorcas, des milliers de femmes et de filles congolaises dépendent d’une manière ou d’une autre du commerce quotidien ou du commerce de rue. ©️ Davius Faranga


Ces femmes et ces filles n’ont pas d’autre alternative pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille dans le pays où le chômage est le plus élevé. L’entrepreneuriat est donc la panacée, mais les travailleurs informels ne bénéficient d’aucune forme de protection sociale. C’est un autre combat majeur à mener.

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