Fête de la musique : La Rumba congolaise comme patrimoine immatériel, le combat de deux Congos

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Lundi 21 Juin, plusieurs nations, notamment africaines, célèbrent la fête de la musique. Pour la République Démocratique du Congo et la République du Congo, cette date est encore une occasion de mettre la pression dans le dossier, déposé un peu plus d’an, auprès de l’UNESCO qui veut que la Rumba congolaise soit inscrite sur la liste du patrimoine immatériel de l’organisation onusienne. La décision finale sera connue avant la fin de l’an 2021.

Par David Kasi

En RDC, le président de la commission de la Promotion de la Rumba comme Patrimoine culturel national et international, Lye Yoka, a dévoilé un plaidoyer pour l’inscription de ce style de musique sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel mondial de l’humanité. Retour sur les points essentiels de ce plaidoyer.

De cette musique congolaise si variée, si complexe et si emblématique ( musique traditionnelle, rythmes tradi modernes et modernes, expérimentations contemporaines ), la rumba congolaise est sans doute le volet le plus médiatique et le plus représentatif. La raison est que c’est elle qui est en même temps au coeur de la genèse et du génie de la musique congolaise. C’est que née dans les coques des bateaux négriers au 15e siècle sous la forme la plus rudimentaire de sonorités et de codes cryptés et clandestins de communication entre esclaves ( sonorités vocales ou instruments à portée de main…), la musique s’est ensuite développée au contact avec des autres traditions dans les pays d’accueil, surtout les Amériques. À titre d’exemple, le Cuba. Ce pays qui a dénombré une forte concentration d’Esclaves arrachés d’Afrique centrale, les musicologues signalent que  » Rumba  » proviendrait de «  Kumba « ,  » danse de frottement de nombril « , d’origine Kongo. La Rumba, produit des migrations diverses, s’est ainsi enrichie des musiques amérindiennes, espagnoles, et finalement occidentales et Nord-américaines.

Contact entre la Rumba congolaise et le showbusiness

La Rumba est revenue dans le continent noir lors de la colonisation, entre 19e et 20e siècle, avec les immigrés ouest-africains, mais surtout avec les commerçants grecs, israélites et portugais. Ce sont ces derniers qui ont importé les premiers disques  » Vinyl  » d’Europe et des Ameriques. Ces expériences ont rencontré au Congo des traditions musicales charriées notamment par les riverains du fleuve Congo, principalement les rythmes  » Kebo  » de la cuvette centrale.

C’est à partir de l’époque d’après la deuxième guerre mondiale, entre 1940 et 1960, que la musique congolaise moderne est devenue un produit commercial, avec des musiciens généralement rémunérés. En 1960, alors que la RDC accédait à son indépendance politique, Joseph Kabasele, alias Grand Kallé, a composé et joué pour les participants la chanson  » Indépendance Cha Cha « . Cette chanson est restée si célèbre au Congo et en Afrique que beaucoup de citoyens l’avaient adoptée comme  » hymne  » patriotique et panafricain. Grand Kallé restera un exemple de musicien et de patriote engagé, au point que, contraint comme tous les artistes de chanter la gloire du Parti-Etat et du guide Mobutu Seseko, il a préféré s’exiler en France, dans les années ’70, et fonder là-bas  » African Team « , avec le cubain Gonzalo, le Brazzavillois Essous Jean Serge et le Kinois Kwamy Munsi.

La Rumba comme une école du rythme  » Typique « 

Kabasele et sa rumba universalisée sont une vraie école ; cette école se perpétue jusqu’aujourd’hui dans divers styles, mais avec une constance  » typique  » : style  » soft « , langoureux, textes romancées, romantiques, culte de femme et de l’amour. Tout cela avec des héritiers talentueux, internationalement appréciés tels Tabu Ley Rochereau, le  » belgicain  » Tony Dee, Ndombe Opetun, Papa Wemba, Mbilia Bell, Bimi Ombale, Koffi Olomide, Karmapa, Fally Ipupa, y compris les compositeurs religieux comme Alain Moloto ou encore Marie Misamu ; tout cela malgré les assauts du  » Ndombolo « , c’est-à-dire de la musique mouvementée dernière génération, particulièrement explosive. La Rumba est plus que la Rumba. Elle n’est pas seulement musique et danse  » soft « . Elle est et elle a une valeur ajoutée faite de féerie, de jubilation, de passion de vivre, de satire épicée (  » Mbwakela  » ), bref d’un pouvoir de  » paraître « , mais aussi d’existence, de résistance, et de résilience face aux incertitudes ambiantes.

Les défis majeurs qu’entendent la Rumba et ses promoteurs

La Rumba n’est pas non plus parfaite pour ses promoteurs tout comme pour ceux qui la fait vivre. Tous comptes faits, deux défis attendent la Rumba et ses promoteurs : la professionnalisation des métiers de la musique pour ainsi échapper à l’informel aléatoire et l’implication de la Rumba dans l’économie de la culture, avec possibilité d’émergence de la sécurité sociale sur base de droits d’auteur, mais également avec la perspective de la création des industries créative compétitives, grâce à des joint-ventures et des investissements des secteurs public privé, de la part des nationaux et des non nationaux.

Le combat de l’Institut National des Arts de Kinshasa ( INA ) est de taille. Revaloriser au mieux cette musique en élaborant un système de notations et de partitions consacrées, pour qu’elles ne stagnent pas dans l’oralité volatile, mais aussi d’inscrire la Rumba, avec le concours d’autres partenaires locaux et étrangers sur la liste représentative du Patrimoine Culturel de l’humanité.

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